Ombre chinoise

Je ne suis pas seule dans la grande villa. Je vis avec mon ombre. La nuit, je me projette nue sur le mur de la chambre. C’est à cause des lumières du dehors. Violentes, crues, sans aucun angle mort. Elles tournent vers moi leurs faisceaux ces lumières blanches, ces lumières jaunes. Elles m’aveuglent. Mais si je me détourne d’elles, que je consens à cette volte-face qui m’arrache à la vie, qui m’arrache aux jeux des enfants, aux wagons lents,  je ne suis pas seule. Mon ombre est là, rassurante, chinoise sur le mur de la chambre. Et le jardin entre avec moi, balance ses branches, balance ses feuilles sur mon visage, le chat sur le muret de pierre, lui aussi il s’invite, il grimpe sur mon épaule dans la chambre blanche. De profil ou bien de dos. Tout faseille. Je ne suis pas seule. Je suis avec la lune quand elle veut bien, je suis avec le vent, toujours, je suis avec les arbres. Je suis le vent et les arbres.

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