Jour J+4 Constat à l’amiable

Du dernier article Jour J-5 à Jour J+4 nous obtenons une amplitude de 9. C’est le nombre de syllabes avec lesquelles chaque phrase du texte de la lecture performée a été écrite. Lorsque nourrie des histoires des sols et de la Friche j’ai posé le casque sur mes oreilles, je ne savais pas ce que cela allait donner. Je savais que j’étais plein (comme un oeuf, pardon) le texte est sorti et c’est en le retravaillant à voix haute que je me suis aperçu des 9 présents. L’extinction de voix quelques jours avant la lecture performée m’a obligé à chuchoter, et le chuchotement a été gardé, le chuchotement et sa précision des mots en jeu avec la pièce sonore. C’est l’occasion ici de remercier l’équipe de La Marelle, de la Friche, Camille Hervouet pour les photographies qui seront bientôt présentées, Patricia Cartereau dont la présence m’a été si précieuse. Je ne réussis pas à. Je n’arrive pas. À Nantes, je n’arrive pas, pas à Nantes, la lumière a disparue, je tourne en rond, je refuse de me poser, d’arrêter, de reprendre, de continuer, que ça s’arrête, je crains de m’endormir, d’assoupir le présent, de ronronner le moment, d’être confortable d’habitude, je veux me rouler nue dans la neige sentir la morsure, être debout réveillée, chercher sur internet le prochain billet, on dira l’aller je parle de retour. C’est normal, c’est normal ça fait ça, je veux que cela ne fasse rien de comme tout, de tout ça, je ne rentre pas là-dedans, je ne retourne pas dedans, l’humide d’ici réattaque les poumons à peine secs de leur séjour au soleil, je bous d’inaction, je tourne en rond, remets toi au travail, relance repars fonce continue///////sonnerie de téléphone///////un 04 je décroche en plein dans l’écriture du blog qui m’appelle de là-bas ? Bonjour Madame -avec l’accent de Marseille- je vous appelle à propos du constat de l’accident. Heu quel constat je n’ai pas de voiture ? – Comment ça pas de voiture c’est votre numéro que j’ai ! Quel numéro avez vous monsieur ? Il me donne le numéro le 7 en final je suis 6. Je raccroche. La Vie a beaucoup d’humour.

Je laisse la parole à Éric Caligaris qui a eu la gentillesse d’écrire un texte sur la lecture performée. Je le remercie très chaleureusement.

Frotté. Au sol, le corps est invisible. Il se souvient maintenant des zones et des mouvements décalqués pendant la résidence. Genoux minés, probablement comme les joints des carreaux en réserve sur la feuille. Frottés. Les plausibles font tressaillir dans la pénombre. L’expérience, ici, c’est d’écrire et de dire presque tout bas en glissant de l’intime vers l’histoire, vers l’oubli, vers l’horreur déroulée sur les rails, juste à côté, et que je n’ai pas senti venir. Frottés. Les sons sont des structures comme les plis du tissus brodé et jonché au devant de la scène : informe et rampant, il force au détail. Frotté. Le souffle est contenu dans le fil tendu entre le rouleau de texte cousu des sons qui ne mangent jamais la voix qui n’arrive pas à sortir. Frotté. Le long graphisme remonte jusqu’à la voûte – décors, rouleau, preuve, horloge, stigmate. Frotté. Le regard furtif du musicien vers la lectrice qui tourne dans sa cage avant de commencer l’immersion monocorde, intime et continue dans le travail d’une parole, le travail d’un corps, le travail d’élever de la pensanteur qui les retient au sol. Frotté. Frotté. Et dehors, ça crie.

 Eric Caligaris – Impressions d’après « Volutes », lecture performée de Delphine Bretesche et Guillaume Laidin – samedi 12 janvier 2013, La Friche La Belle de Mai, Marseille.

Rouleau manuscrit au Rotring du texte « Volutes », cousu en son centre au fil rouge.

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