Insomnie(s)

Insomnie 1

 

Les mots débarquent. Foutraques. Sans doute que je ne dors pas, puisque je tombe dans un trou. Les mots trébuchent, je me tords la cheville, je sursaute. Foutraque, le mot tourne en boucle. Foutraque, foutraque, ça veut dire fou, excentrique. J’entends bordélique. Les pensées font des nœuds, j’entends embrouillamini. Je ne dors pas, puisque j’entends des mots. Ils courent, ils traversent sans regarder. Mon pied cherche un coin de drap frais. Non, je me recroqueville. Embrouillamini. Le vertige, la montagne, une balle en mousse, des primevères, l’aéroport, une pêche aux coques, tout en vrac. La balle au camp, la vie, la mort, tout ça, les amants, la robe à volants, non c’était avant les amants, le collant qui gratte, le premier, le dernier enfant, dis « bonne année » à Tonton Jean. La tempête dans le séquoia, la dernière cigarette. Les tourterelles au réveil. Tu fais quoi là, tu enterres le passé, passé foutraque, mais non puisque tu dors. Se dire au revoir, surtout ne pas se quitter sans se dire au revoir, dans ton sommeil tu te dis ça. Tu te parles à voix haute, ça te réveille. Tout ce vrac, j’en fais quoi, une montagne, des phrases, pas de queue pas de tête, des romans, des cauchemars, des histoires vraies ?

« Ce que nous avons eu, que nous avons perdu, qui est parti, laisse en nous un vide permanent, irréparable. Écrire, c’est cet exercice qui prétend remplir les espaces vides de la mémoire, tout en sachant que c’est impossible. » – Eduardo Halfon (écrivain guatémaltèque), sur l’étagère du salon.

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