Une nuit à Marseille

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Marcher la nuit dans Marseille est un peu différent de Stockholm. Certains des quartiers que je viens de traverser sont considérés comme difficiles, voire dangereux. Mais c’est aussi là où je loge, alors… À mi-chemin de la maison, dans une rue sombre et déserte qui longe la voie ferrée, une voiture en mauvais état s’est […]

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Dimanche après-midi

Dimanche après-midi, auto-portrait dans La Marelle, après quelques heures d’écriture.

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La photo a été inspirée par les nombreux et merveilleux autoportraits de Vivian Maier. Il y a des artistes et des écrivains dont je me sens plus proche que d’autres à bien des égards. Non seulement en raison du fait que leur travail me touche plus que d’autres. Non, c’est autre chose. C’est comme si nous avions été dans la même pièce. Comme si nous avions vu ou senti les mêmes choses, mais nous pouvons les décrire différemment. Parfois, quand j’écris ou je photographie je peux sentir leur présence dans la chambre – Carson McCullers tirant lentement sur sa cigarette, Inger Christensen m’offrant une phrase ou deux, sans parler réellement, mon défunt oncle Helge Lindqvist – peintre et sculpteur décédé dans un accident quand j’avais neuf ans et lui cinquante-deux – me montrant que tout ce que je ressens en ce moment même pourrait être exprimé en un seul coup de pinceau. Ou Vivian Maier – coupée de tout ce qui l’entoure, introvertie, comme une Virginia Woolf attristée – avec ses yeux face à la fenêtre et ses doigts jouant consciemment ou inconsciemment avec la courroie de l’appareil.

Håkan Lindquist

La Marelle, villa des auteurs. Le 5 octobre 2014

Rost/Rouille – Utdrag ur en roman/Extrait d’un roman

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Rödrost. Järn som korroderar med hjälp av vatten och syre. Det var ett förlopp som lockade Guillaume, som satte igång fantasin. Han hade flera gånger fotograferat rostiga föremål, men inte blivit riktigt nöjd med resultaten. Det var svårt att få med både de gnistrande partierna och det djupa mörkret, svärtan som sällan blev riktigt svart. En vacker färgskala, det hade han alltid tyckt. Men nu, när han såg mångfalden, såg hur rosten hade spridit sig, och plötsligt insåg att allt – hela farfaderns gård, huset, uthusen, redskapen och verktygen – var del av ett betydligt större förfall, blev han nedstämd. En stark rörelse kom över honom, och han började nästan gråta. Gravrost.

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Rouille rouge. Le fer qui se corrode à l’aide d’eau et d’oxygène. C’était un processus qui attirait Guillaume, qui faisait marcher son imagination. Il avait à plusieurs reprises photographié des objets rouillés, mais jamais été vraiment satisfait du résultat. Il était difficile d’obtenir à la fois les parties brillantes et les sombres profonds, les noirs qui rarement rendaient vraiment noir. Une superbe palette de couleurs, c’est ce qu’il avait toujours pensé. Mais maintenant qu’il voyait la variété, qu’il voyait comment la rouille s’était propagée, et qu’il réalisait soudain que tout –  toute la ferme du grand-père, la maison, les dépendances, les outils et les machines – n’était que partie d’une dégénérescence bien plus grande, il devint triste. Une émotion intense s’empara de lui, et il se mit presque à pleurer. Rouille sombre. IMG_7297rLes deux protagonistes du roman Trois jours et deux nuits sont Guillaume, un grand garçon de 17 ans, et Marcel, son vieux grand-père du côté paternel. Guillaume a un ami proche dont il est également amoureux, Abdellah (ou Abdou). Les deux garçons vivent à Nantes. Après une dispute, Guillaume s’éloigne d’Abdou et, sur une impulsion, décide de faire de l’auto-stop. En peu de temps, il se retrouve assis dans une auto aux côtés d’un homme qui roule vers Montrichard. Quelques heures après, Guillaume se rend compte qu’il est tout près du village de son grand-père, Saint-Georges-sur-Cher, et décide de s’y arrêter. Marcel vit seul, dans la maison où lui et sa femme s’étaient installés il y a bien longtemps. Sa femme est morte il y a quelques années. Guillaume et Marcel passent trois jours et deux nuits ensemble. C’est la première fois depuis l’enfance de Guillaume qu’ils se trouvent seuls l’un avec l’autre. D’habitude, ils se réunissent avec le reste de la famille et des amis, pour un dîner, un anniversaire, etc. À présent, ils ont réellement du temps pour parler, et ils parlent, de l’amour, du désir, et des choix importants que l’on fait dans sa vie… Ils aperçoivent de plus en plus clairement qu’ils se ressemblent de bien des manières (rêves, pensées, expériences…), en dépit du fait que le grand-père a soixante-dix ans de plus que son petit-fils. Ces trois jours et trois nuits qu’ils vivent ensemble se trouvent être aussi les tout derniers jours et nuits de la vie de Marcel… Et quand Guillaume revient à Nantes, très attristé, vers ses parents – et vers Abdou –, c’est avec une nouvelle expérience, mais aussi avec une conception plus mûre de sa vie et de sa situation.

Le Moulin du Porteau

Le Moulin de Porteau, Saint-Georges-sur-Cher

Traduction : Davy Prieur.

Extrait de mon roman Tre dagar och två nätter (Trois jours et deux nuits), 2013. Un autre, et plus long, extrait du roman est publié dans La revue de La Marelle La première chose que je peux vous dire #3.

Håkan Lindquist, La Marelle, le 5 octobre 2014