Alger – Marseille : 1 partout

En bateau pendant vingt-quatre heures
sur la Méditerranée
de jour comme de nuit
les vagues de travers ou le vent dans le dos
j’ai navigué sur le Danielle Casanova
mangé à la table du commandant
visité la passerelle et les couloirs
parlé avec des Algériens en aller retour
regardé le foot au carré des officiers
dormi dans une cabine et fumé sur le pont
en comptant les phares à l’horizon
attendu
attendu qu’Alger apparaisse
et enfin
enfin Alger
la voilà

étalée sur des collines à perte de vue
qui mélangent les mosquées et les immeubles
dans un bric-à-brac franco-mauresque
de pierres blanches et de linges multicolores aux fenêtres
et de ruelles étroites et d’avenues soviétiques

puis le bateau déverse au port les passagers
avec leurs valises pleines et leurs passeports verts

à peine sorti des douanes
la pluie tombe et le soleil brille dehors
les nuages de la mer s’attrapent aux paraboles
je suis presque ébloui par la lumière qui klaxonne
en criant victoire pour l’Algérie
avec des drapeaux plantés sur les voitures
et des jeunes qui braillent à la coupe du monde

ensuite
de rencontres en rencontres
de thés en bières et soupes au mouton
j’entends comme ça chante ici à la gloire du pays
je vois comme ça court après un taxi
je sens comme ça grille du poulet
comme ça pétille la limonade
comme ça brûle de l’essence à l’essentiel
la métaphysique à explosion
dans un éco-chantier musulman.

Sébastien Joanniez – 22 novembre 2013

Photo : Aurélie Bianchin

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