Alger 4 | La fin était pour dans un mois

Alger mosquées

Je ne l’ai pas vu venir. C’est donc que c’était un bon film.
La fin était pour dans un mois, et elle est pour demain.

 

J’espère que le filtre de ma mémoire est tissé de grosses mailles ou au mieux se percera sitôt assise à mon bureau demain pour laisser passer toutes les images, tous les mots que je n’ai pas écrits et les vider sur mes pages blanches, et alors de fermer mon cahier d’un coup sec pour toutes les retenir. Dans ma tête, les pages fourmillent, de pas en avant, de pas en arrière, de cieux comme on n’y croit pas même quand on les voit, de bleus de nuit, de liserés d’argent dans la baie d’Alger. De l’Algérie, je n’ai vu ni la Kabylie, ni le désert, ni même Oran ; et sacrilège, j’ai aperçu Tipaza en coup de vent. Prendre seule la route sans doute m’a manqué, l’escapade en solitaire sans connaître la direction d’avance, décider du cap d’un coup de volant, oui, j’aime et j’ai besoin de ça, mais pas ici, et ça n’a pas d’importance.

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J’ai monté et dévalé les escaliers d’Alger, je me dis que je n’en ai pas monté assez. J’ai appris le gras-double au marché Messonnier, les boureks et la chorba près de la Grande Poste, les msemen de l’épicier de Telemly, les clémentines vertes et les dates de Bab-el Oued, les phrases qui n’en finissent pas, je pars avec leur musique dans la tête. J’aime dire « saha », parce que c’est un mot sans « r », qui trahit moins que les autres que je ne suis pas d’ici, et ici c’est bien le mot qu’il est à retenir. Merci. Allah issetrek.

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Sans doute que je n’ai pas compris les hommes, et j’ai fui leur regard, dans ma tête je les ai parfois traités de tous les noms, puis je les ai ignorés, c’est-à-dire que je me suis habituée. J’écrirai peut-être ce que je ne peux pas leur dire de vive voix. Je t’écrirai à toi qui as décidé que l’espace public était le tien, au point que tes sœurs osent à peine y occuper un banc ou n’y allument jamais une cigarette. Tu sais, tu le sais , rassure-moi, que c’est pour avoir la paix, seulement pour avoir la paix, qu’elles acceptent tes règles. Pour avoir la paix, elles s’habituent. Et tu voudrais que je t’appelle « rouya » ? Tu n’es pas mon frère, pas comme ça. Plutôt quand ton grand cœur monte dans tes yeux, tu es prêt à te fendre en deux, pour être respectueux et généreux, oui, on dirait souvent qu’il y a deux hommes en toi.

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J’ai vu l’amour d’une sœur dans les yeux de Samia. Et quand je ferme les miens, j’aperçois Delal dans les vapeurs du hammam, je l’entends, en arabe, en français, qui me raconte une histoire, une longue histoire qui me vaut un gommage tout aussi long et des irritations sur la peau du ventre tant Delal frotte sans s’en apercevoir. Mais ça n’a pas d’importance. Et le couscous de Miriam a le goût de la famille après le bain.

On m’a souhaité cent fois la bienvenue, et ça sortait tellement du fond du cœur. Je marche aujourd’hui différemment dans les rues d’Alger, devenue mon chez mois d’un mois. Mohamed m’a appris combien il est essentiel de s’inquiéter de la santé des gens. Allah ibarek. On me dit ça quand je dis que j’ai deux enfants, j’ai compris que c’est important.

La fin était pour dans un mois, et elle est déjà pour demain.
Et Tambour battant, c’était comment ?

TB

Tu viens avec un projet, une envie de partage, un besoin. Ça commence, ça s’installe et puis le temps passe, tu sens que ça y est, il va t’échapper, c’est pour bientôt, et là, le précipice, le vent de panique, tu te demandes pourquoi tu as eu une idée pareille, écrire avec d’autres femmes, dans un bout d’Afrique, en te disant quoi, qu’on aurait peut-être des choses à se dire, pas d’erreur, on en a des tonnes. Des tonnes et une semaine pour les dire, et comment faire dire, comment faire écrire finalement, ça prend du temps aussi, et puis toi, à chercher comment « faire écrire », tu n’écris pas, c’est bien la peine, t’as l’air malin à dire que tu es en résidence d’écriture si tu n’alignes pas trois mots. J’ai écouté, j’ai entendu, des confidences couchées sur le papier, des murmures, des remords, des craintes, un dixième de millième de tout ça bien sûr, un dixième de millième, le projet commence tout juste finalement. Continuer à distance. Revenir au printemps, Inch Allah. Non pas Inch Allah, on le décide un point c’est tout.

Tambour battant Bab-el oued

La fin était pour dans un mois.
C’était un beau film. Avec Malika, et Yasmine, et Samila, et Sonia, et Rafikah, et Sarah, Hania, Fella, Maria, Naziha. Et Redouane, et aussi  Farah, et Mehdi, et Charlotte, Élisabeth, Hassen, Aicha…

J’ai été très émue quand, sur le bord de la route, j’ai lu « Soyez les bienvenus à Cherchell ». Le bus était bondé, on était serré, mon appareil photo coincé. La photo est dans ma tête. Mais c’est une autre histoire, une longue histoire à se conter au hammam. Je reviendrai Delal. J’arrive, mon papa.

 

2 réponses

  1. Bonjour Laurence

    Je suis touchée par tes carnets algériens images et textes
    Du coup je te tutoie je me sens proche
    Je ferai le voyage un jour moi aussi
    Dont la famille paternelle pied noir a débarqué a Marseille ma ville natale si je ne suis pas née en Algérie un mystère apparu récemment
    Je te lirai
    D’autant que j’ai aime les livres de toi que j’ai lus
    Belle résidence si elle n’est pas finie
    Claudine Galea

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